Jeudi 21 février:
Après un premier contact avec les paysages des écrits bibliques lors de mon premier week-end à Amman en visitant Madaba et le Mont Nébo, je décide de retourner sur les lieux, mais en poussant cette fois-ci jusqu'à la Mer Morte.
Nous partons donc avec Rizlaine, qui m'accompagnera désormais dans la plupart de mes vadrouilles dans la région, vers 10 heures. Une heure après, nous arrivons au Mont Nébo. J'ai de la chance cette fois-ci, la vue est bien plus dégagée que la dernière fois, et même si encore une fois, je n'arriverai pas à voir le Mont des Oliviers, on distingue bien la Mer Morte, le lac de Tibériade et la Cisjordanie, surtout la ville de Jéricho.
Nous passons une heure à contempler ces magnifiques paysages qui s'offrent à nous avant de repartir et d'attaquer la route qui descend jusqu'à la Mer Morte située à moins 400mètres au dessous du niveau de la mer. Les paysages sont vraiment impressionnants, la roche prend des couleurs différentes en fonction de la profondeur à laquelle on se trouve et plus on serpente sur la petite route plus la température monte. Le chauffeur m'avait prévenu, ma veste ne me servira à rien arrivé en bas. Effectivement l'atmosphère est très différente une fois sur place.
Nous nous rendons directement sur le site du Baptême. L'entrée est un peu chère pour le pays, je ne l'aurais peut-être pas fait tout seul mais Rizlaine à l'air d'y tenir donc je la suis. Et je ne le regretterai pas.
Les lieux sont situés dans une zone militarisée, chose assez dommage pour un lieu comme celui-ci. Rappelons qu'à l'origine, les trois religions monothéistes sont les mêmes, toutes issues du Judaïsme. Après s'être divisées au cours de l'histoire, les voilà maintenant rendues à s'affronter. C'est bien triste et ça me rappel pourquoi la religion me laissent en général si sceptique...
Nous ne sommes que trois à suivre la visite avec notre guide, l'endroit est calme et nous avançons dans une petite forêt baignée par le soleil qui commence d'ailleurs à sacrément taper comparé au tout petit degré d' il y a seulement deux jours à Amman.
Voilà le Jourdain bien asséché depuis 2008 ans où Jésus s'est fait baptiser dedans. D'ailleurs le site exact du baptême est aujourd'hui asséché. C'était une petite branche du Jourdain, mais maintenant, la rivière ne fournit plus assez d'eau pour l'alimenter.
De l'autre côté de la rivière, sous les yeux des militaires, la Cisjordanie. C'est une fois encore l'occasion de “sourire“ sur l'autorité palestinienne de Mahmoud Abbas qui est censée avoir le contrôle sur le territoire gardé par des militaires israéliens...Encore une jolie blague de l'occident faite aux palestiniens pour essayer de calmer leur visée sur une création de moins en moins imaginable d'un Etat palestinien souverain.
Après le site du baptême, j'en profite pour aller voir les fermes de la région qui fournissent le grand marché central d'Amman où les marchands du souk achètent leurs produits, histoire d'allier l'utile à l'agréable. J'aurais comme ça quelques photos à rajouter afin de remplir la centaine de pages de mon mémoire.
La Mer Morte, sacré expérience! Même si je ne me baignerai pas, rien que d'avoir plongé les mains dans cette eau si chargée en sel, ou encore d'y avoir trempé les pieds restera un souvenir assez inoubliable. Le liquide rencontre le solide. On dirait que l'eau est pleine d'huile tellement elle est épaisse et reste accrochée à la peau. Elle a vraiment un aspect gras. Dix minutes après être sorti de l'eau, on a toujours l'impression d'avoir les mains mouillées, alors qu'en les passants sur son jean, on voit bien qu'elles sont sèches. La vase réputée pour ses propriétés thérapeutiques forme des espèces de rochers dans lesquels les pieds s'enfoncent comme dans une énorme plaquette de beurre. On dirait d'ailleurs vraiment des rochers, ce qui rend la surprise encore plus grande lorsqu'on s'attend à avoir mal aux pieds à marcher la dessus, et qu'en réalité, on s'enfonce dedans...
Nous finissons la journée à fumer un narguilé en buvant un thé avec Himed (notre chauffeur devenu plus un ami à la fin de la journée) en admirant un magnifique coucher de soleil sur les montagnes, israéliennes (ou peut être Cisjordanienne, à moins qu'elles ne soient palestiniennes, on ne sait plus trop comment les qualifier en fait) qui viennent se jeter dans la mer sur la rive ouest.
Paradisiaque...! Est-ce que le petit Jésus aurait quelque chose à voir avec tout ça???!!!
vendredi 22 février 2008
jeudi 21 février 2008
Ahlan wa sahlan !
Mercredi 20 février:
Je vais encore vous parler des gens d’ici, mais en même temps, si j’aime tellement cette ville, c’est essentiellement grâce à sa population, donc elle mérite bien sa petite part de reconnaissance. En effet, la capitale jordanienne reste tout de même relativement moche même si le dernier titre du bouquin de Myriam essaye de faire croire l’inverse. De pierre et de paix. La ville est effectivement faite de pierre (pas vraiment très jolies). Elle aurait pu l’appeler de béton et de paix, personne ne l’aurait contredite, mais le titre aurait certainement été moins vendeur…Pour ce qui est de paix, il suffit de passer quelques minutes avec les locaux pour s’en rendre compte.
Je rectifie toutefois les méchancetés que j’ai pu me permettre sur le physique de la ville, Le quartier de la citadelle est plutôt agréable. Il permet d’observer toute l’agitation de la ville avec les bruits en moins et dans un environnement vierge de toute construction. Ajoutez à cela un joli couché de soleil et je défis quiconque de ne pas tomber sous le charme.
Revenons en à nos moutons, ou plutôt à nos Ammanîs…Il ne se passe pas un jour sans qu’une preuve d’humanité ne me soit donnée. De rencontres en rencontres, les gens me prouvent que ce qui d’après moi a permis à l’Homme d’évoluer jusqu’à ce qui l’a été jusqu’il y a encore peu de temps, à savoir un être civilisé, pouvant communiquer avec les autres membres de son espèce, n’a peut être pas tout à fait disparu de la planète terre. C’est vrai, croyez vous vraiment que les hommes préhistoriques auraient réussi à se démerder tout seuls pour chasser, inventer le feu ou un langage…?! Ben non !
Je ne pense franchement pas que ce soit la bourse ou encore des machines qui nous fassent avancer vers un avenir meilleur, mais bien les relations humaines !!!
J’arrête, ça commence vraiment à faire utopiste et je connais un mec rue Didot qui ne va pas me louper en rentrant sur Paris.
Je pourrais vous parler de tellement de personnes, tellement d’exemples me viennent en tête. Je vais en fait commencer par la SEULE histoire un peu bizarre qui m’est arrivée depuis mon arrivée. Et peut être qu’en fin de compte, ce n’était encore qu’une belle preuve de sympathie seulement mal interprétée. Quoique je n’en sois tout de même pas certain… C’était il y a deux jours, j’étais assis à l’une des longues tables qu’abrite l’une de mes deux cantines favorites, le Al-Quds (Jerusalem) restaurant. Là, un homme d’une petite trentaine d’années me demande s’il peut s’asseoir en face de moi. J’accepte volontiers me disant que ce pouvait être l’occasion de me faire un ami supplémentaire. Problème, ce dernier parle aussi bien l’anglais que je parle l’arabe. La discussion tourne court, soit cinq mots dans chaque langue. Arrive la fin du repas et ce dernier insiste pour m’inviter. Ce n’est pas la première fois qu’un jordanien m’invite à manger, mais normalement, nous parlons au cours du repas. Même si ça me gêne toujours, je sais qu’il ne faut pas refuser trop longtemps au risque de les vexer. Mais cette fois-ci, pas question, je refuse une bonne dizaine de fois surtout que pendant tout le repas, il me regardait d’un air un peu bizarre. Comme prévu, il se vexe vraiment ! « Bon ben écoute mon gars, si tu le prends comme ça paye la ma note, mais t’es quand même bien couillon ! » Nous sortons du resto, mais lui n’a pas décidé d’en rester là, il me propose de venir chez lui. Là encore, ça n’aurait pas été la première fois que j’acceptais de partager un moment de vie d’une famille jordanienne, mais il ne m’inspire qu’à moitié. Youssef ! Lui va pouvoir me débarrasser de ce boulet et en plus son magasin est à deux pas. Direction le magasin de téléphone de la première personne que j’ai rencontré dans ce pays. Il me voit arriver, toujours content de me voir, mais il remarque vite ce type un peu bizarre. Il lui invente une excuse pour lui dire que je ne pouvais pas le suivre. Il fait mine de s’en aller mais reste devant le magasin. Il rerentre me demander mon numéro de téléphone. Première tentative avec un faux numéro, mais il essaye de m’appeler et calcul vite la supercherie…Je lui donne donc le vrai. Il m’a rappelé hier, j’ai esquivé et pas de nouvelles depuis. Raconté comme ça, il ne fait aucun doute qu’il ne me voulait pas que du bien, mais je n’en suis pas vraiment sûr. Tiens, bon exemple pour montrer le pouvoir des journalistes qui peuvent vraiment nous faire entendre une information telle qu’ils en ont envie…
Donc une seule petite “mésaventure“ en trois semaines dans un pays du Moyen Orient, vu en occident comme un endroit si dangereux, ce n’est pas si mal. Si l’on commence à parler de tous les gens qui ont été là pour m’aider, me parler, etc., la liste va être interminable. Je vais donc me contenter de ne parler que de ceux avec qui j’ai un contact régulier. La plupart, je ne les ai vu que trois ou quatre fois au total, mais il leur arrive tout de même de m’appeler pour voir si tout va bien, si j’ai besoin de quelque chose, simplement prendre des nouvelles. Youssef le vendeur de téléphone est la première personne à qui j’ai parlé en Jordanie. C’est à lui que j’ai acheté ma puce de téléphone portable. Il m’a tout de suite dit « here it’s your shop my friend, if you need something, anything, not just for your phone, you come here ! ». C’est ce que j’ai décidé de faire et j’ai remarqué que ce n’était pas des paroles en l’air. La dernière en date était avec le type bizarre. Ce soir, je suis passé au magasin où son nouveau collègue nous a inviter à manger chez lui la semaine prochaine. Ensuite, Youssef m’a emmener manger les meilleurs chicken burgers d’Amman et des kunafa (dessert au fromage recouvert de vermicelle et de sirop) dans l’un des plus vieux lieu spécialisé dans la chose à Amman. Encore une fois, impossible de payer, ce qui commence à pas mal m’énerver à force. On a passé notre soirée à discuter en marchant dans la ville basse. De la Palestine, des nombreux boulots qu’il a eu depuis l’âge de ses 10 ans, de ses 12heures de travail quotidiens et ce 7 jours sur 7, de sa vie ici qu’il ne supporte plus, des visas impossible à obtenir en Europe pour quelqu’un comme lui. Et moi à côté qui lui parle de mon sujet d’étude sur les mobilités des marchands du souk de Wihdat, avec mon voyage financé par l’IFPO et papa maman…Mais tout cela l’intéresse et à aucun moment il n’essaye d’obtenir quoi que ce soit de moi ! C’est fou ce qu’on peut se sentir con par moment.
On se quitte vers 22h30 car il commence à 08h30 demain et il est déjà complètement crevé. “Mais toi aussi tu travailles demain David, t’as encore beaucoup de choses à faire pour tes recherches“. Oui c’est vrai Youssef, mais à l’heure qu’il est, j’ai assez honte de ne pas en avoir un peu plus…
Parlons de travail. Je passe de plus en plus de temps dans le camp en ce moment. Cela s’appel de l’observation participative et ça fait parti du dur métier de chercheur. Passer un maximum de temps dans le milieu étudié et essayer d’être le plus possible en contact avec sa population. Ca ne me déplaît pas du tout, au contraire, je trouve ça plutôt pas mal et très intéressant. Ca permet de faire de super rencontres et de passer de bons moments.
Donc à force de traîner dans le souk, espace d’environ 100 m. carrés, les gens commencent à reconnaître Daoud…Plus de problème avec mon prénom, ils ont compris que je n’étais pas juif et encore moins un espion pour Israël. Et si par hasard quelqu’un me pose la question, Youssef et Ali mes deux meilleurs amis dans le camp (on appel ça des personnes ressources en chercheur, mais j’aime pas trop les voir comme des personnes dont je pourrais me servir) s’empressent de répondre à ma place et de remettre les choses bien en place. Ils me présentent à tous leurs amis dans le camp ce qui fait que je passe maintenant un bon moment tous les jours en arrivant à aller passer le Salam aux différents marchands. Aujourd’hui par exemple, je ai passé une bonne partie de l’après-midi dans la petite boucherie de 4m. carrés des deux frères Youssef et Ali. On ne se comprend que très difficilement, mais on y arrive. Et puis entre tous les gens qui passent par là, il y en a toujours un ou deux pour blablater un peu plus anglais à chaque fois. Les réfugiés sont très solidaires entre eux. Leurs liens d’amitiés sont puissants et sincères. Ils ont traversé les mêmes galères et partagent une mémoire commune. Ils ont grandis dans le souk à aider leurs pères et maintenant, ce sont leurs enfants qui les aident.
Ils apprécient les choses simples. En trois heures et demie cet après-midi, on a discuté, rigolé, appris à écrire arabe, bu du thé, du café, parfois entassés à 7 dans la boucherie autour du micro chauffage portatif, mais tout le monde était heureux et a passé un bon moment. Mes deux amis psychologues pourront peut-être me faire un commentaire sur la phrase qui suit, mais selon moi elle est assez significative de l’état d’esprit des gens du camp.
Nous étions 5 en tout, voilà ce qu’ils m’ont appris à écrire. Malik, Youssef, Ali, Salim, Daoud (c’est moi en arabe) et ahlan wa sahlan (bienvenue)…
Est-ce qu’on aurait appris à écrit ça à un étranger venu passer un mois en France ? Je n’en suis pas vraiment, sûr, en tout cas, je me suis posé la question et ça n’aurait pas fait partie des premiers mots auquel j’aurais pu penser.
Ils n’ont de cesse de me mettre en garde contre ce qui pourrait m’arriver ici. Laisse pas traîner ton sac, ne te promène pas seul en dehors de la zone commerciale du camp, si tu as besoin d’y aller on t’accompagne, garde toujours ton passeport contre toi, ne laisse pas apparaître tes billets devant des inconnus, etc… C’est sympa, mais en même temps, j’ai du mal à croire qu’il pourrait m’arriver quelque chose ici car tout le monde est aussi bien veillant qu’eux.
Je sortais du restaurant ce midi dans le camp et un jeune commence à me parler en arabe. Un peu fou-fou du haut de ses 18ans, je ne comprends rien à ce qu’il me raconte. Il m’emmène voir un vendeur ambulant qui parle anglais. Nous discutons un peu tous les trois et je lui demande au bout d’un moment où est ce que je peux trouver un coupe ongle… Oui oui, il est bien pour moi le coupe ongle, vous ne rêvez pas, je n’ai pas croqué un seul petit bout de mes doigts depuis mon arrivée ! Tout de suite le vendeur me dit “half dinar, no more“, le jeune m’attrape le bras et nous voilà parti bras dessus bras dessous vers un magasin. Il me fait choisir un couple ongle, le récupère, le paye, encore une fois je n’ai pas le choix, et repars en me faisant comprendre que si j’avais besoin de quoi que ce soit d’autre il était toujours devant le resto…
J’ai aussi fais une rencontre assez impressionnante cet après-midi. Le réparateur de frigo des bouchers du camp. Youssef me propose de le suivre je ne sais où. J’accepte, c’est de l’observation participative…Nous voilà parti dans les ruelles du camp, celles dont l’aspect n’a pas vraiment changé depuis sa création. C’est ici où la misère se ressent le plus à vrai dire. Il s’arrête et frappe à une porte. Quelqu’un vient nous ouvrir et nous entrons dans une grande salle, c’est à dire que le propriétaire a dû racheter au moins 3unités d’habitation rien que pour cette pièce. Elle ressemble à une salle de prière. Le muezzin vient de faire son appel, je me demande donc s’il m’emmène prier. J’avoue que je suis un peu perplexe à ce moment là.
On nous ouvre la porte d’un “petit“ salon, soit une autre unité et un homme arrive quelques secondes après. Il est assez impressionnant. Il s’installe dans un fauteuil et se présente dans un parfait anglais. ‘I was an ingenior in refrigeration in Totenham for 8 years“. Il m’offre le café de bienvenu tout ça de manière très protocolaire. Je sens que j’ai à faire à quelqu’un de respecté dans le camp. Mon interlocuteur est hyper agréable avec moi et me fait aussi pas mal rire. Youssef et lui règlent leurs affaires de frigo et l’ancien ingénieur commence à me parler, à me demander ce que je fais à Wihdat, combien de temps je reste ici, etc… Nous voici venu à parler de religion et de politique, les deux sujet défendus durant mon séjour, mais je n’ai pas vraiment le choix, j’écoute sans prendre position. Voilà qu’il commence à me sortir des phrases du style “we left Palestine because of the Jewish, you know, they stole our lands“ ; “there’s too many Jewish in France no ?“ Ca sent l’anti juif à plein nez et je n’aime pas vraiment ça. Il en vient à m’avouer qu’avant son départ pour l’Angleterre “I was a soldier…“. Heu ….? J’ai bien compris ? “I fought with the PLO of Yasser Arafat in Black September and then we left for Lebanon“.
Septembre noir ou la guerre des camps qui opposa l’armée jordanienne aux forces de Yasser Arafat en 1970 il me semble. On peut comparer cela à la guerre des camps du printemps dernier dans les camps du nord du Liban, mais avec l'OLP a la place du Hezbollah. Je comprends un peu mieux d’où viennent ses réticences envers les juifs, même si cela n’excuse rien.
Il m’invite à repasser dans quelques jours boire un café et discuter un peu. Je sens encore une fois que l’invitation est sincère et sans danger. Il est à la retraite et mène maintenant une vie tranquille loin des combats armés entre israéliens et arabes. J’y retournerai certainement avant mon départ.
Il y a aussi Bassam et son frère qui m’ont invité à manger un maqlubehee, le plat traditionnel de Palestine, après seulement 10 petites minutes de causerie dans une allée du souk. Même si encore une fois il était très difficile de communiquer, nous avons passé trois bonnes heures autour de la table du “salon-chambre des 4 enfants“, à beaucoup parler des droits de l’Homme. Ce furent d’ailleurs eux les premiers à m’alarmer sur la vision que les étrangers ont de notre nouvelle France. Nous avons aussi passé beaucoup de temps à parler d’éducation. Ce sont des gens qui n’ont pas fait d’études, mais ils accordent une immense importance à celles de leurs enfants. Ils remercient d’ailleurs beaucoup l’UNRWA de fournir un enseignement de qualité à leur progéniture. L’un des 5 enfants (dont un bébé de 4 mois) de Bassam veut devenir docteur et un autre ingénieur. Ils ont déjà beaucoup d’ambition, c’est bien. L’un des deux est premier de sa classe et fait la fierté de la famille. Son père n’était pas peu fier de me montrer ses bulletins de notes. Il m’a d’ailleurs confié que la seule chose qui contait pour lui était que ses enfants réussissent pour avoir un vrai métier et ne pas finir maçon comme leur père…
On dirait que l’accueil des étrangers est une chose qui s’inculque dès le plus jeune âge dans ce pays. Le plus vieux de ses fils m’a offert quelques billes. Encore une fois je refuse, mais là, en plus du petit, ce sont les deux frères qui m’obligent à accepter !
Bon, dernier exemple. Je ne peux pas ne pas évoquer Sami, le chauffeur de taxi, mais celui là, je crois que vous le connaissez déjà. Je dois le voir ce week-end car il a des problèmes en ce moment ce qui fait que nous ne nous ne sommes pas vu cette semaine.
En parlant de chauffeur de taxi, j’en ai rencontré un nouveau cet aprèm’, il nous a emmené à la mer Morte et nous avons pas mal discuté encore une fois. Il s’est d’ailleurs fait récemment recaler une demande de visa par notre nouveau et très beau ministère de l’immigration et de l’identité nationale…En tout cas, il ne nous en a pas tenu rigueur. Il doit même me faire visiter le grand marché central d’Amman mardi prochain. En fait, c’est de là-bas que provient la marchandise vendue dans le souk du camp, voilà d’où vient mon intérêt pour le Rungis jordanien.
Désolé pour cet article qui me paraît être un peu désordonné, mais c’est aussi comme ça que ça se passe ici, un joyeux bordel dans un monde de doux !
Je vais encore vous parler des gens d’ici, mais en même temps, si j’aime tellement cette ville, c’est essentiellement grâce à sa population, donc elle mérite bien sa petite part de reconnaissance. En effet, la capitale jordanienne reste tout de même relativement moche même si le dernier titre du bouquin de Myriam essaye de faire croire l’inverse. De pierre et de paix. La ville est effectivement faite de pierre (pas vraiment très jolies). Elle aurait pu l’appeler de béton et de paix, personne ne l’aurait contredite, mais le titre aurait certainement été moins vendeur…Pour ce qui est de paix, il suffit de passer quelques minutes avec les locaux pour s’en rendre compte.
Je rectifie toutefois les méchancetés que j’ai pu me permettre sur le physique de la ville, Le quartier de la citadelle est plutôt agréable. Il permet d’observer toute l’agitation de la ville avec les bruits en moins et dans un environnement vierge de toute construction. Ajoutez à cela un joli couché de soleil et je défis quiconque de ne pas tomber sous le charme.
Revenons en à nos moutons, ou plutôt à nos Ammanîs…Il ne se passe pas un jour sans qu’une preuve d’humanité ne me soit donnée. De rencontres en rencontres, les gens me prouvent que ce qui d’après moi a permis à l’Homme d’évoluer jusqu’à ce qui l’a été jusqu’il y a encore peu de temps, à savoir un être civilisé, pouvant communiquer avec les autres membres de son espèce, n’a peut être pas tout à fait disparu de la planète terre. C’est vrai, croyez vous vraiment que les hommes préhistoriques auraient réussi à se démerder tout seuls pour chasser, inventer le feu ou un langage…?! Ben non !
Je ne pense franchement pas que ce soit la bourse ou encore des machines qui nous fassent avancer vers un avenir meilleur, mais bien les relations humaines !!!
J’arrête, ça commence vraiment à faire utopiste et je connais un mec rue Didot qui ne va pas me louper en rentrant sur Paris.
Je pourrais vous parler de tellement de personnes, tellement d’exemples me viennent en tête. Je vais en fait commencer par la SEULE histoire un peu bizarre qui m’est arrivée depuis mon arrivée. Et peut être qu’en fin de compte, ce n’était encore qu’une belle preuve de sympathie seulement mal interprétée. Quoique je n’en sois tout de même pas certain… C’était il y a deux jours, j’étais assis à l’une des longues tables qu’abrite l’une de mes deux cantines favorites, le Al-Quds (Jerusalem) restaurant. Là, un homme d’une petite trentaine d’années me demande s’il peut s’asseoir en face de moi. J’accepte volontiers me disant que ce pouvait être l’occasion de me faire un ami supplémentaire. Problème, ce dernier parle aussi bien l’anglais que je parle l’arabe. La discussion tourne court, soit cinq mots dans chaque langue. Arrive la fin du repas et ce dernier insiste pour m’inviter. Ce n’est pas la première fois qu’un jordanien m’invite à manger, mais normalement, nous parlons au cours du repas. Même si ça me gêne toujours, je sais qu’il ne faut pas refuser trop longtemps au risque de les vexer. Mais cette fois-ci, pas question, je refuse une bonne dizaine de fois surtout que pendant tout le repas, il me regardait d’un air un peu bizarre. Comme prévu, il se vexe vraiment ! « Bon ben écoute mon gars, si tu le prends comme ça paye la ma note, mais t’es quand même bien couillon ! » Nous sortons du resto, mais lui n’a pas décidé d’en rester là, il me propose de venir chez lui. Là encore, ça n’aurait pas été la première fois que j’acceptais de partager un moment de vie d’une famille jordanienne, mais il ne m’inspire qu’à moitié. Youssef ! Lui va pouvoir me débarrasser de ce boulet et en plus son magasin est à deux pas. Direction le magasin de téléphone de la première personne que j’ai rencontré dans ce pays. Il me voit arriver, toujours content de me voir, mais il remarque vite ce type un peu bizarre. Il lui invente une excuse pour lui dire que je ne pouvais pas le suivre. Il fait mine de s’en aller mais reste devant le magasin. Il rerentre me demander mon numéro de téléphone. Première tentative avec un faux numéro, mais il essaye de m’appeler et calcul vite la supercherie…Je lui donne donc le vrai. Il m’a rappelé hier, j’ai esquivé et pas de nouvelles depuis. Raconté comme ça, il ne fait aucun doute qu’il ne me voulait pas que du bien, mais je n’en suis pas vraiment sûr. Tiens, bon exemple pour montrer le pouvoir des journalistes qui peuvent vraiment nous faire entendre une information telle qu’ils en ont envie…
Donc une seule petite “mésaventure“ en trois semaines dans un pays du Moyen Orient, vu en occident comme un endroit si dangereux, ce n’est pas si mal. Si l’on commence à parler de tous les gens qui ont été là pour m’aider, me parler, etc., la liste va être interminable. Je vais donc me contenter de ne parler que de ceux avec qui j’ai un contact régulier. La plupart, je ne les ai vu que trois ou quatre fois au total, mais il leur arrive tout de même de m’appeler pour voir si tout va bien, si j’ai besoin de quelque chose, simplement prendre des nouvelles. Youssef le vendeur de téléphone est la première personne à qui j’ai parlé en Jordanie. C’est à lui que j’ai acheté ma puce de téléphone portable. Il m’a tout de suite dit « here it’s your shop my friend, if you need something, anything, not just for your phone, you come here ! ». C’est ce que j’ai décidé de faire et j’ai remarqué que ce n’était pas des paroles en l’air. La dernière en date était avec le type bizarre. Ce soir, je suis passé au magasin où son nouveau collègue nous a inviter à manger chez lui la semaine prochaine. Ensuite, Youssef m’a emmener manger les meilleurs chicken burgers d’Amman et des kunafa (dessert au fromage recouvert de vermicelle et de sirop) dans l’un des plus vieux lieu spécialisé dans la chose à Amman. Encore une fois, impossible de payer, ce qui commence à pas mal m’énerver à force. On a passé notre soirée à discuter en marchant dans la ville basse. De la Palestine, des nombreux boulots qu’il a eu depuis l’âge de ses 10 ans, de ses 12heures de travail quotidiens et ce 7 jours sur 7, de sa vie ici qu’il ne supporte plus, des visas impossible à obtenir en Europe pour quelqu’un comme lui. Et moi à côté qui lui parle de mon sujet d’étude sur les mobilités des marchands du souk de Wihdat, avec mon voyage financé par l’IFPO et papa maman…Mais tout cela l’intéresse et à aucun moment il n’essaye d’obtenir quoi que ce soit de moi ! C’est fou ce qu’on peut se sentir con par moment.
On se quitte vers 22h30 car il commence à 08h30 demain et il est déjà complètement crevé. “Mais toi aussi tu travailles demain David, t’as encore beaucoup de choses à faire pour tes recherches“. Oui c’est vrai Youssef, mais à l’heure qu’il est, j’ai assez honte de ne pas en avoir un peu plus…
Parlons de travail. Je passe de plus en plus de temps dans le camp en ce moment. Cela s’appel de l’observation participative et ça fait parti du dur métier de chercheur. Passer un maximum de temps dans le milieu étudié et essayer d’être le plus possible en contact avec sa population. Ca ne me déplaît pas du tout, au contraire, je trouve ça plutôt pas mal et très intéressant. Ca permet de faire de super rencontres et de passer de bons moments.
Donc à force de traîner dans le souk, espace d’environ 100 m. carrés, les gens commencent à reconnaître Daoud…Plus de problème avec mon prénom, ils ont compris que je n’étais pas juif et encore moins un espion pour Israël. Et si par hasard quelqu’un me pose la question, Youssef et Ali mes deux meilleurs amis dans le camp (on appel ça des personnes ressources en chercheur, mais j’aime pas trop les voir comme des personnes dont je pourrais me servir) s’empressent de répondre à ma place et de remettre les choses bien en place. Ils me présentent à tous leurs amis dans le camp ce qui fait que je passe maintenant un bon moment tous les jours en arrivant à aller passer le Salam aux différents marchands. Aujourd’hui par exemple, je ai passé une bonne partie de l’après-midi dans la petite boucherie de 4m. carrés des deux frères Youssef et Ali. On ne se comprend que très difficilement, mais on y arrive. Et puis entre tous les gens qui passent par là, il y en a toujours un ou deux pour blablater un peu plus anglais à chaque fois. Les réfugiés sont très solidaires entre eux. Leurs liens d’amitiés sont puissants et sincères. Ils ont traversé les mêmes galères et partagent une mémoire commune. Ils ont grandis dans le souk à aider leurs pères et maintenant, ce sont leurs enfants qui les aident.
Ils apprécient les choses simples. En trois heures et demie cet après-midi, on a discuté, rigolé, appris à écrire arabe, bu du thé, du café, parfois entassés à 7 dans la boucherie autour du micro chauffage portatif, mais tout le monde était heureux et a passé un bon moment. Mes deux amis psychologues pourront peut-être me faire un commentaire sur la phrase qui suit, mais selon moi elle est assez significative de l’état d’esprit des gens du camp.
Nous étions 5 en tout, voilà ce qu’ils m’ont appris à écrire. Malik, Youssef, Ali, Salim, Daoud (c’est moi en arabe) et ahlan wa sahlan (bienvenue)…
Est-ce qu’on aurait appris à écrit ça à un étranger venu passer un mois en France ? Je n’en suis pas vraiment, sûr, en tout cas, je me suis posé la question et ça n’aurait pas fait partie des premiers mots auquel j’aurais pu penser.
Ils n’ont de cesse de me mettre en garde contre ce qui pourrait m’arriver ici. Laisse pas traîner ton sac, ne te promène pas seul en dehors de la zone commerciale du camp, si tu as besoin d’y aller on t’accompagne, garde toujours ton passeport contre toi, ne laisse pas apparaître tes billets devant des inconnus, etc… C’est sympa, mais en même temps, j’ai du mal à croire qu’il pourrait m’arriver quelque chose ici car tout le monde est aussi bien veillant qu’eux.
Je sortais du restaurant ce midi dans le camp et un jeune commence à me parler en arabe. Un peu fou-fou du haut de ses 18ans, je ne comprends rien à ce qu’il me raconte. Il m’emmène voir un vendeur ambulant qui parle anglais. Nous discutons un peu tous les trois et je lui demande au bout d’un moment où est ce que je peux trouver un coupe ongle… Oui oui, il est bien pour moi le coupe ongle, vous ne rêvez pas, je n’ai pas croqué un seul petit bout de mes doigts depuis mon arrivée ! Tout de suite le vendeur me dit “half dinar, no more“, le jeune m’attrape le bras et nous voilà parti bras dessus bras dessous vers un magasin. Il me fait choisir un couple ongle, le récupère, le paye, encore une fois je n’ai pas le choix, et repars en me faisant comprendre que si j’avais besoin de quoi que ce soit d’autre il était toujours devant le resto…
J’ai aussi fais une rencontre assez impressionnante cet après-midi. Le réparateur de frigo des bouchers du camp. Youssef me propose de le suivre je ne sais où. J’accepte, c’est de l’observation participative…Nous voilà parti dans les ruelles du camp, celles dont l’aspect n’a pas vraiment changé depuis sa création. C’est ici où la misère se ressent le plus à vrai dire. Il s’arrête et frappe à une porte. Quelqu’un vient nous ouvrir et nous entrons dans une grande salle, c’est à dire que le propriétaire a dû racheter au moins 3unités d’habitation rien que pour cette pièce. Elle ressemble à une salle de prière. Le muezzin vient de faire son appel, je me demande donc s’il m’emmène prier. J’avoue que je suis un peu perplexe à ce moment là.
On nous ouvre la porte d’un “petit“ salon, soit une autre unité et un homme arrive quelques secondes après. Il est assez impressionnant. Il s’installe dans un fauteuil et se présente dans un parfait anglais. ‘I was an ingenior in refrigeration in Totenham for 8 years“. Il m’offre le café de bienvenu tout ça de manière très protocolaire. Je sens que j’ai à faire à quelqu’un de respecté dans le camp. Mon interlocuteur est hyper agréable avec moi et me fait aussi pas mal rire. Youssef et lui règlent leurs affaires de frigo et l’ancien ingénieur commence à me parler, à me demander ce que je fais à Wihdat, combien de temps je reste ici, etc… Nous voici venu à parler de religion et de politique, les deux sujet défendus durant mon séjour, mais je n’ai pas vraiment le choix, j’écoute sans prendre position. Voilà qu’il commence à me sortir des phrases du style “we left Palestine because of the Jewish, you know, they stole our lands“ ; “there’s too many Jewish in France no ?“ Ca sent l’anti juif à plein nez et je n’aime pas vraiment ça. Il en vient à m’avouer qu’avant son départ pour l’Angleterre “I was a soldier…“. Heu ….? J’ai bien compris ? “I fought with the PLO of Yasser Arafat in Black September and then we left for Lebanon“.
Septembre noir ou la guerre des camps qui opposa l’armée jordanienne aux forces de Yasser Arafat en 1970 il me semble. On peut comparer cela à la guerre des camps du printemps dernier dans les camps du nord du Liban, mais avec l'OLP a la place du Hezbollah. Je comprends un peu mieux d’où viennent ses réticences envers les juifs, même si cela n’excuse rien.
Il m’invite à repasser dans quelques jours boire un café et discuter un peu. Je sens encore une fois que l’invitation est sincère et sans danger. Il est à la retraite et mène maintenant une vie tranquille loin des combats armés entre israéliens et arabes. J’y retournerai certainement avant mon départ.
Il y a aussi Bassam et son frère qui m’ont invité à manger un maqlubehee, le plat traditionnel de Palestine, après seulement 10 petites minutes de causerie dans une allée du souk. Même si encore une fois il était très difficile de communiquer, nous avons passé trois bonnes heures autour de la table du “salon-chambre des 4 enfants“, à beaucoup parler des droits de l’Homme. Ce furent d’ailleurs eux les premiers à m’alarmer sur la vision que les étrangers ont de notre nouvelle France. Nous avons aussi passé beaucoup de temps à parler d’éducation. Ce sont des gens qui n’ont pas fait d’études, mais ils accordent une immense importance à celles de leurs enfants. Ils remercient d’ailleurs beaucoup l’UNRWA de fournir un enseignement de qualité à leur progéniture. L’un des 5 enfants (dont un bébé de 4 mois) de Bassam veut devenir docteur et un autre ingénieur. Ils ont déjà beaucoup d’ambition, c’est bien. L’un des deux est premier de sa classe et fait la fierté de la famille. Son père n’était pas peu fier de me montrer ses bulletins de notes. Il m’a d’ailleurs confié que la seule chose qui contait pour lui était que ses enfants réussissent pour avoir un vrai métier et ne pas finir maçon comme leur père…
On dirait que l’accueil des étrangers est une chose qui s’inculque dès le plus jeune âge dans ce pays. Le plus vieux de ses fils m’a offert quelques billes. Encore une fois je refuse, mais là, en plus du petit, ce sont les deux frères qui m’obligent à accepter !
Bon, dernier exemple. Je ne peux pas ne pas évoquer Sami, le chauffeur de taxi, mais celui là, je crois que vous le connaissez déjà. Je dois le voir ce week-end car il a des problèmes en ce moment ce qui fait que nous ne nous ne sommes pas vu cette semaine.
En parlant de chauffeur de taxi, j’en ai rencontré un nouveau cet aprèm’, il nous a emmené à la mer Morte et nous avons pas mal discuté encore une fois. Il s’est d’ailleurs fait récemment recaler une demande de visa par notre nouveau et très beau ministère de l’immigration et de l’identité nationale…En tout cas, il ne nous en a pas tenu rigueur. Il doit même me faire visiter le grand marché central d’Amman mardi prochain. En fait, c’est de là-bas que provient la marchandise vendue dans le souk du camp, voilà d’où vient mon intérêt pour le Rungis jordanien.
Désolé pour cet article qui me paraît être un peu désordonné, mais c’est aussi comme ça que ça se passe ici, un joyeux bordel dans un monde de doux !
mardi 19 février 2008
La France vue d'ici
Depuis mon départ, les occasions d’observer la France d’un point de vue extérieur ne manquent pas. C’est assez intéressant d’entendre ce que les gens pensent de nous dans cette partie du monde. D’accord, il y a bien Courrier International pour cela, mais les articles restent écrit par des journalistes qui ont une vision globale du monde, quelques soient leur pays ou leurs opinions politiques.
Je vous parle de la vision du peuple, qu’il soit instruit ou non, de droite ou de gauche, riche ou pauvre, musulman, chrétien ou juif.
Certains discours me font rire, d’autres beaucoup moins.
Commençons par la partie la plus légère. J’étais assis devant la poste tout à l’heure avec une enveloppe « internationale » à la main. Un passant s’arrête pour me demander d’où je viens. Je ne sais pas pourquoi mais les gens ici me prennent souvent pour un Allemand. Le nombre de touristes allemands en Jordanie doit certainement être important, parce que mis à part cela, je ne vois pas beaucoup d’autres explications… Je lui réponds et la première chose dont il me parle est le pont de milano. Je me permets de le corriger en lui disant que c’est du pont de Millau dont il doit vouloir parler. Il me demande pourquoi est-ce que la France a fait une chose pareille. « C’est très dangereux, ce pont est beaucoup trop long, c’est vraiment très dangereux. Pourquoi, pourquoi ? » Il avait l’air terrorisé rien qu’en en parlant. Un peu fatigué par la journée qui venait de s’écouler, je lui réponds rapidement en lui disant simplement que les français sont fous. Il renchaîne sur le tunnel sous la manche. Je m’attends alors à le voir trembler de tous ses membres à l’évocation d’une telle construction. Mais non, cette fois, il me félicite, il trouve ça vraiment merveilleux de pouvoir relier deux pays séparés par la mer avec un tunnel. OK. Je ne comprends pas vraiment son raisonnement, mais je trouve ça plutôt amusant. Il s’éloigne en me saluant.
Un autre m’a un jour demandé confirmation sur ce qu’un ami à lui qui avait été en France lui avait raconté. « En France, vous êtes tellement riche que l’été, lorsqu’il fait beau et chaud, pour que l’atmosphère soit encore plus agréable, vous parfumez les rues et les murs des immeubles ». Sa déception est grande lorsque je lui avoue que son ami avait dû soit se moquer de lui, soit visiter un autre pays que la France. Il me croit mais m’affirme qu’en tout cas, les parfums français sentent très bon. Oui, c’est justement la raison pour laquelle nous devrions être vraiment très riche pour parfumer nos rues et nos immeubles avec…
S’il y a un domaine dans lequel nous gardons une place importante, c’est le foot. Il n’est pas rare que lorsque je dis aux gens que je suis français, le nom de Zidane soit prononcé dans la phrase qui suit. Henry jouit lui aussi d’une grande notoriété dans ce coin de la planète. Quelque chose de plus étonnant, le nombre de personnes qui me parlent de Lyon. J’ai même croisé plusieurs fois des gamins avec un écusson de l’OL sur leurs vêtements.
A les entendre, l’équipe des gones est au niveau des plus grands clubs européens. Avis que je ne partage pas, j’en profite à chaque fois pour leur dire que c’est de Bordeaux dont ils doivent se rappeler cette année. Ce seront eux les futurs champions ! Un jeune vendeur de tomates du camp m’a d’ailleurs coûté bien cher en traduction ce matin pour parler de foot. Il m’a cité tous les joueurs de Lyon et de l’équipe de France. Je vais d’ailleurs essayer d’aller voir un match de Wihdat vendredi après-midi avec lui. L’équipe du camp évolue dans le championnat national et fait partie des meilleurs équipes du pays. Elle participe même à la Champions League arabe.
Par contre en ce qui concerne la notoriété du vin de Bordeaux, c’est le néant. La grande majorité des Jordaniens ne consomment pas d’alcool et n’ont donc que faire du vignoble bordelais. Ma fierté en prend d’ailleurs un coup à chaque fois. Seuls Alex (l’Indonésien), Ahmed (dont nous parlerons après) et Majid (le Damassien) y ont fait allusion.
J’ai fait à peu près le tour des choses marrantes que j’ai pu entendre à propos de notre douce France. Voyons maintenant les choses plus tristes, tristement bien plus nombreuses…
La palme revient à Nicolas Sarkozy, largement haie par ici. Les gens m’ont souvent parlé de politique et je n’ai trouvé personne pour le soutenir. Même Ahmed qui travaille pour Sanofi Aventis, parcours le globe, et gagne beaucoup d’argent, le voit comme quelqu’un de dangereux. Pas la peine de parler des réfugiés qui n’apprécient guère sa politique de connivence avec Israël et les Etats-Unis. Ils étaient pourtant fiers de Chirac pour l’Irak et sa visite à Jérusalem lorsqu’il était intervenu alors que des policiers israéliens tentaient d’écarter des Arabes qui voulaient s’approcher de notre ex-président. Ils ne comprennent pas vraiment pourquoi la France tourne subitement le dos aux valeurs qu’elle a défendu tout au long de son histoire, c’est-à-dire les droits de l’Homme. C’est assez drôle car pour eux, c’était un domaine dans lequel la France excellait. Aujourd’hui, elle ne pense que par l’argent mais n’arrive pas à en gagner… Elle essaye de jouer avec les grands dans ce domaine sans pouvoir les suivre. En résumé, nous avons laissé tomber les droits de l’Homme pour rien car nous n’étions bon que pour cela. Ils n’ont peut-être pas tort en fin de compte…
En fait, ce qui fait le plus de peine, c’est de se rendre compte à quel point ces gens étaient fiers de nous, ils nous considéraient vraiment comme les défenseurs des pays opprimés victimes des grandes puissances parfois peu regardantes sur les droits humains (je ne sais pas si ça se dit mais ça fera l’affaire, tout le monde comprend ce que je veux dire non ?).
La plupart des personnes sont capables de me citer le nom de tous les présidents français depuis De Gaulle.
La vie privée de Nicolas fait aussi l’objet de pas mal de moqueries de la part des locaux. Seuls les plus cultivés, donc les plus riches, soit les gens des quartiers Ouest, suivent les frasques de notre cher président. Le remariage ultra-rapide avec un ancien top Model, les voyages en jet, les barbecues avec la famille Bush ou encore le probable déménagement de l’Elysée vers l’Ecole Militaire à cause d’un manque d’espace vital. Après s’être moqués du président, mes interlocuteurs prennent rapidement un ton plus sérieux pour me demander ce qu’il se passe en France pour que la population ait élu un homme pareil (je m’excuse auprès de mes lecteurs sarkozystes, mais je ne fais que relater les propos entendus ici). J’évoque alors les problèmes de pouvoir d’achat qui personnellement me semble être la clé de sa victoire. Ici aussi les gens souffrent beaucoup de la vie chère. Amman est devenue la ville la plus chère du monde arabe en comparaison avec les salaires, juste devant Dubaï. L’essence a augmenté de 53% le jeudi qui a suivi mon arrivée et devrait encore augmenter au mois d’avril. Le début du printemps est d’ailleurs extrêmement appréhendé par les Jordaniens car une hausse massive et générale des prix est attendue. Les habitants de Wihdat n’ont de cesse de me le rappeler au cours de nos entretiens. Soit dite en passant, ma traductrice aussi doit anticiper la hausse des prix vu les tarifs qu’elle pratique… Cette hausse fait d’ailleurs augmenter la fréquentation du camp. Des gens du centre ville et dans une moindre mesure de certains quartiers de l’Ouest profitent de leur vendredi pour venir à Wihdat faire leurs courses pour la semaine. Lorsque nous allons à Leader Price en France, eux vont à Wihdat. Les produits sont de bonne qualité, mais la différence de prix se joue sur le niveau de vie des habitants. Ce sont des réfugiés qui n’ont pas de grands besoins et vivent de choses simples. Visites à la famille dont la majeure partie habite aussi dans le camp, match de foot au stade pour les plus jeunes, à la TV pour les plus vieux, c’est tout. Cela leur permet d’appliquer moins de marge sur les produits revendus et donc d’attirer une clientèle plus importante.
Beaucoup se demande pourquoi je quitte mon pays pour voir ce qu’il se passe ailleurs et d’autant plus dans un camp de réfugiés d’Amman. Malheureusement, je ne suis pas le seul français dans ce cas. D’après eux, cela vient encore de notre pays où les relations entre êtres humains disparaissent de plus en plus vite, où l’on oublie les choses simples de la vie pour se concentrer sur le matériel. Et malheureusement ils n’ont encore une fois certainement pas tort…
Je vous parle de la vision du peuple, qu’il soit instruit ou non, de droite ou de gauche, riche ou pauvre, musulman, chrétien ou juif.
Certains discours me font rire, d’autres beaucoup moins.
Commençons par la partie la plus légère. J’étais assis devant la poste tout à l’heure avec une enveloppe « internationale » à la main. Un passant s’arrête pour me demander d’où je viens. Je ne sais pas pourquoi mais les gens ici me prennent souvent pour un Allemand. Le nombre de touristes allemands en Jordanie doit certainement être important, parce que mis à part cela, je ne vois pas beaucoup d’autres explications… Je lui réponds et la première chose dont il me parle est le pont de milano. Je me permets de le corriger en lui disant que c’est du pont de Millau dont il doit vouloir parler. Il me demande pourquoi est-ce que la France a fait une chose pareille. « C’est très dangereux, ce pont est beaucoup trop long, c’est vraiment très dangereux. Pourquoi, pourquoi ? » Il avait l’air terrorisé rien qu’en en parlant. Un peu fatigué par la journée qui venait de s’écouler, je lui réponds rapidement en lui disant simplement que les français sont fous. Il renchaîne sur le tunnel sous la manche. Je m’attends alors à le voir trembler de tous ses membres à l’évocation d’une telle construction. Mais non, cette fois, il me félicite, il trouve ça vraiment merveilleux de pouvoir relier deux pays séparés par la mer avec un tunnel. OK. Je ne comprends pas vraiment son raisonnement, mais je trouve ça plutôt amusant. Il s’éloigne en me saluant.
Un autre m’a un jour demandé confirmation sur ce qu’un ami à lui qui avait été en France lui avait raconté. « En France, vous êtes tellement riche que l’été, lorsqu’il fait beau et chaud, pour que l’atmosphère soit encore plus agréable, vous parfumez les rues et les murs des immeubles ». Sa déception est grande lorsque je lui avoue que son ami avait dû soit se moquer de lui, soit visiter un autre pays que la France. Il me croit mais m’affirme qu’en tout cas, les parfums français sentent très bon. Oui, c’est justement la raison pour laquelle nous devrions être vraiment très riche pour parfumer nos rues et nos immeubles avec…
S’il y a un domaine dans lequel nous gardons une place importante, c’est le foot. Il n’est pas rare que lorsque je dis aux gens que je suis français, le nom de Zidane soit prononcé dans la phrase qui suit. Henry jouit lui aussi d’une grande notoriété dans ce coin de la planète. Quelque chose de plus étonnant, le nombre de personnes qui me parlent de Lyon. J’ai même croisé plusieurs fois des gamins avec un écusson de l’OL sur leurs vêtements.
A les entendre, l’équipe des gones est au niveau des plus grands clubs européens. Avis que je ne partage pas, j’en profite à chaque fois pour leur dire que c’est de Bordeaux dont ils doivent se rappeler cette année. Ce seront eux les futurs champions ! Un jeune vendeur de tomates du camp m’a d’ailleurs coûté bien cher en traduction ce matin pour parler de foot. Il m’a cité tous les joueurs de Lyon et de l’équipe de France. Je vais d’ailleurs essayer d’aller voir un match de Wihdat vendredi après-midi avec lui. L’équipe du camp évolue dans le championnat national et fait partie des meilleurs équipes du pays. Elle participe même à la Champions League arabe.
Par contre en ce qui concerne la notoriété du vin de Bordeaux, c’est le néant. La grande majorité des Jordaniens ne consomment pas d’alcool et n’ont donc que faire du vignoble bordelais. Ma fierté en prend d’ailleurs un coup à chaque fois. Seuls Alex (l’Indonésien), Ahmed (dont nous parlerons après) et Majid (le Damassien) y ont fait allusion.
J’ai fait à peu près le tour des choses marrantes que j’ai pu entendre à propos de notre douce France. Voyons maintenant les choses plus tristes, tristement bien plus nombreuses…
La palme revient à Nicolas Sarkozy, largement haie par ici. Les gens m’ont souvent parlé de politique et je n’ai trouvé personne pour le soutenir. Même Ahmed qui travaille pour Sanofi Aventis, parcours le globe, et gagne beaucoup d’argent, le voit comme quelqu’un de dangereux. Pas la peine de parler des réfugiés qui n’apprécient guère sa politique de connivence avec Israël et les Etats-Unis. Ils étaient pourtant fiers de Chirac pour l’Irak et sa visite à Jérusalem lorsqu’il était intervenu alors que des policiers israéliens tentaient d’écarter des Arabes qui voulaient s’approcher de notre ex-président. Ils ne comprennent pas vraiment pourquoi la France tourne subitement le dos aux valeurs qu’elle a défendu tout au long de son histoire, c’est-à-dire les droits de l’Homme. C’est assez drôle car pour eux, c’était un domaine dans lequel la France excellait. Aujourd’hui, elle ne pense que par l’argent mais n’arrive pas à en gagner… Elle essaye de jouer avec les grands dans ce domaine sans pouvoir les suivre. En résumé, nous avons laissé tomber les droits de l’Homme pour rien car nous n’étions bon que pour cela. Ils n’ont peut-être pas tort en fin de compte…
En fait, ce qui fait le plus de peine, c’est de se rendre compte à quel point ces gens étaient fiers de nous, ils nous considéraient vraiment comme les défenseurs des pays opprimés victimes des grandes puissances parfois peu regardantes sur les droits humains (je ne sais pas si ça se dit mais ça fera l’affaire, tout le monde comprend ce que je veux dire non ?).
La plupart des personnes sont capables de me citer le nom de tous les présidents français depuis De Gaulle.
La vie privée de Nicolas fait aussi l’objet de pas mal de moqueries de la part des locaux. Seuls les plus cultivés, donc les plus riches, soit les gens des quartiers Ouest, suivent les frasques de notre cher président. Le remariage ultra-rapide avec un ancien top Model, les voyages en jet, les barbecues avec la famille Bush ou encore le probable déménagement de l’Elysée vers l’Ecole Militaire à cause d’un manque d’espace vital. Après s’être moqués du président, mes interlocuteurs prennent rapidement un ton plus sérieux pour me demander ce qu’il se passe en France pour que la population ait élu un homme pareil (je m’excuse auprès de mes lecteurs sarkozystes, mais je ne fais que relater les propos entendus ici). J’évoque alors les problèmes de pouvoir d’achat qui personnellement me semble être la clé de sa victoire. Ici aussi les gens souffrent beaucoup de la vie chère. Amman est devenue la ville la plus chère du monde arabe en comparaison avec les salaires, juste devant Dubaï. L’essence a augmenté de 53% le jeudi qui a suivi mon arrivée et devrait encore augmenter au mois d’avril. Le début du printemps est d’ailleurs extrêmement appréhendé par les Jordaniens car une hausse massive et générale des prix est attendue. Les habitants de Wihdat n’ont de cesse de me le rappeler au cours de nos entretiens. Soit dite en passant, ma traductrice aussi doit anticiper la hausse des prix vu les tarifs qu’elle pratique… Cette hausse fait d’ailleurs augmenter la fréquentation du camp. Des gens du centre ville et dans une moindre mesure de certains quartiers de l’Ouest profitent de leur vendredi pour venir à Wihdat faire leurs courses pour la semaine. Lorsque nous allons à Leader Price en France, eux vont à Wihdat. Les produits sont de bonne qualité, mais la différence de prix se joue sur le niveau de vie des habitants. Ce sont des réfugiés qui n’ont pas de grands besoins et vivent de choses simples. Visites à la famille dont la majeure partie habite aussi dans le camp, match de foot au stade pour les plus jeunes, à la TV pour les plus vieux, c’est tout. Cela leur permet d’appliquer moins de marge sur les produits revendus et donc d’attirer une clientèle plus importante.
Beaucoup se demande pourquoi je quitte mon pays pour voir ce qu’il se passe ailleurs et d’autant plus dans un camp de réfugiés d’Amman. Malheureusement, je ne suis pas le seul français dans ce cas. D’après eux, cela vient encore de notre pays où les relations entre êtres humains disparaissent de plus en plus vite, où l’on oublie les choses simples de la vie pour se concentrer sur le matériel. Et malheureusement ils n’ont encore une fois certainement pas tort…
Damas
Rues typiques du vieu Damas



Joli bus tunning en fond

Quartier Chrétien
Quartier Chrétien(bis)
Quartier Chrétien(ter)
Souk
Joli bus tunning en fond
lundi 18 février 2008
Inscription à :
Articles (Atom)